Match Point : Quand Woody marque des points…
filed in Rétrospectives cinéma on oct.08, 2008
Au jour de la sortie française du nouvel opus du célèbre réalisateur américain Woody Allen, Vicky Cristina Barcelona, avec notamment Scarlett Johansson, profitons en pour nous remémorer la première collaboration réussie entre le cinéaste et l’actrice, à savoir le film Match Point, sorti à la fin 2005.
Un titre énigmatique
Que se cache donc derrière le titre un brin énigmatique de ce film de l’auteur de Manhattan (« balle de match » en français) ? Un biopic sur le monde du tennis ? Une comédie légère ayant pour cadre le stade de Roland Garros ? Un « Rocky » avec des raquettes ?
Rien de tout ça bien évidemment. Le titre, d’une imparable logique, reprend le leitmotiv du film qui est également la philosophie de son personnage principal. Il nous est donné à voir dans cette balle de match cette métaphore sur la vie : selon que la balle tape le filet, elle tombera d’un côté ou de l’autre et fera de vous le vainqueur ou le perdant; selon ce à quoi vous serez confronté dans la vie vous réussirez ou non… La chance et le hasard sont donc au coeur du récit.
Ce que ça raconte ?
Evidemment cette image venue du tennis n’est pas gratuite, puisque de tennis il est un peu question (tout du moins au départ) dans Match Point. C’est en effet le sport pratiqué à haut niveau par le héros, Chris Wilton, jeune Irlandais d’origine modeste, avant qu’il n’abandonne cette carrière qui ne lui apportera rien. Il part s’installer à Londres dans le but de réussir à tout prix. Utilisant ses dispositions naturelles pour le tennis, il se fait d’abord engager comme professeur dans un club fréquenté par la haute bourgeoisie Londonienne. Très vite il s’y lie d’amitié avec Alec Hewett, jeune bourgeois, qui l’introduit auprès de sa famille. Là, Chris séduit et épouse Chloé, la soeur d’Alec, moins par amour que pour la possibilité d’échelon social qu’elle représente pour lui. Mais Chris entretient également en secret une relation passionnelle avec la concubine d’Alec, Nola Rice, jeune actrice américaine débutante. Les choses se gâtent lorsque Nola tombe enceinte de Chris. Tiraillé entre son amour pour Nola et le refus de perdre le confort social qu’il a acquis, Chris se prépare à commettre l’irréparable…
Voilà grossièrement résumée l’intrigue du film, grossièrement car toute tentative de récit ne saurait retranscrire avec justice la minutie et la subtilité avec laquelle Woody Allen nous conte sa tragédie. Car oui, c’est bien de tragédie dont il est question dans Match Point (les références constantes à l’opéra ne faisant que renforcer cette idée), bien qu’il s’agisse de tragédie détournée, puisque c’est son héros qui la précipite sans essayer de l’éviter…
Un réalisateur à contre-emploi
Lorsqu’on évoque le nom de Woody Allen, c’est au mot humour auquel on se réfère aussitôt, le New Yorkais étant internationalement reconnu pour ses comédies de moeurs et ses personnages de losers sympathiques. D’humour il n’est ici pourtant point question, bien que la pirouette finale, de par son implacable enchaînement logique et son cynisme mordant dénote d’un humour d’une noirceur sidérante. Non, chaque plan du film est glaçant et le spectacle de ce héros qui sacrifie son humanité au profit de sa propre réussite sociale fait froid dans le dos.
Un héros qui fascine
Chassé-croisé de plusieurs destins, celui de Chris est bien sur le plus important. Là où réside (notamment) l’intelligence d’Allen c’est qu’il nous le rend, si ce n’est attachant, au moins intéressant pendant toute la durée du métrage. Au hasard de ses rencontres, on le voit réussir par chance et arrivisme mais pourtant il nous demeure étrangement proche, rien de ce qui lui arrive n’étant à chaque fois le résultat de sa totale volonté mais le fruit du hasard, d’une possibilité qui s’offre simplement à lui et qu’il saisit. Nous sommes confrontés à un héros qui se laisse entraîner par les évènements et la situation inextricable dans laquelle il se retrouve au final n’est que le résultat de son incapacité à faire le moindre choix. L’enchaînement des évènements le contraint à finalement en faire un, mais, victime de l’annihilation de ses sentiments dont sa servitude à ses objectifs matérialistes le rend seul responsable, il fait le mauvais, du point de vue de la morale. A cet instant du film, Allen ose quelquechose de dangereux, en faisant de son protagoniste principal un monstre forcément rejeté en bloc par les spectateurs. Mais il s’est tellement employé auparavant à décrire avec brio les successions de conséquences qui ont poussé Chris jusque ici, à dépeindre ses tourments intérieurs, que malgré tout, même s’il cesse de nous apparaître sympathique, il demeure attractif à nos yeux : nous voulons connaitre la suite, savoir ce qu’il va advenir de lui après cet acte.
De l’ironie dans l’allégorie
Le comble étant qu’en définitive (et là est l’ironie), le héros, jusqu’au bout est victime de sa chance. C’est en effet grâce à elle (et dans un plan au ralenti magnifique de sens faisant écho à celui qui ouvre le film sur la balle de tennis heurtant le filet) que la pièce à conviction qui le disculpe ne tombe pas à l’eau lorsqu’il tente de la jeter (ce qu’on prend sur le moment pour de la malchance justement). Chance ou infortune, c’est là toute l’ambiguïté du film, tout ce qui arrive à Chris pouvant être interprété rétroactivement comme l’une ou l’autre à l’envie. Le héros demeure en effet impuni aux yeux de la loi. On pourrait donc penser que le seul choix qu’il n’ait jamais fait, bien qu’égoïste, s’est donc bien avéré fructueux et pourtant il n’en est rien. Là où son arrestation aurait pu lui permettre de trouver enfin le sens qu’il cherchait à toutes ses actions et à sa vie, son impunité le condamne à jamais à (sur)vivre sans le moindre repère et sans la moindre raison. Le plan final nous le montre ainsi plus triste et perdu que jamais, le hasard auquel il a confié sa vie ayant terminé de la détruire.
Un film porté par ses interprètes et son réalisateur
Et ce n’est là qu’un seul des aspects multiples de ce film dont la richesse n’a d’égale que la perfection du jeu de ses acteurs. Jonathan Rhys-Meyers tout d’abord, dont le physique à mi-chemin entre l’homme et l’enfant apporte toute la subtilité à son personnage dépassé par les évènements et dont le jeu tout en retenu transmet à merveille la froideur et la tristesse croissante de Chris. Mais c’est surtout Scarlett Johansson qui impressionne par son talent. Tour à tour femme fatale, idéal sexuel ou femme-enfant, elle incarne à merveille les différentes facettes de Nola Rice. Le reste du casting est à l’avenant : parfait.
Le plus grand mérite revenant au final à Woody Allen, marionnettiste qui tire avec talent les ficelles de cette histoire signifiante, qui plus est, en parvenant à totalement se renouveler au sein de sa filmographie.

Vicky Cristina Barcelona, dans un registre complètement différent, saura t’il réitérer ce même niveau d’excellence ? La réponse est aujourd’hui dans les salles.
The CnS




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